Parole d’engagée : Marjorie David, viticultrice à Jarnac-Champagne

 

 Installée depuis 2021 en Petite Champagne, Marjorie David cultive 5,2 hectares de vignes, 5,3 hectares de cultures et 1,2 hectare de jachères mellifères. Certifiée HVE depuis un an, elle s’inscrit dans une continuité familiale tout en développant ses propres pratiques, avec une attention particulière portée aux sols et à la biodiversité.

 

Pourquoi avoir choisi de vous engager dans une certification environnementale ?

Beaucoup de pratiques étaient déjà en place sur l’exploitation. Quitte à faire les choses, autant qu’elles soient reconnues et valorisées. Mon père avait déjà engagé la démarche en 2022, donc j’ai naturellement poursuivi.

L’aire de lavage, les haies, certaines pratiques liées à la biodiversité étaient déjà présentes. Pour moi, ce n’est pas forcément une démarche “écologique”, c’est plutôt une continuité, quelque chose de normal.

 

Quelles pratiques avez-vous mises en place ou développées sur votre exploitation ?

Les couverts végétaux sont un sujet qui m’intéresse particulièrement, c’était d’ailleurs le thème de mon BTS. Nous travaillons avec des mélanges, que nous testons afin d’identifier ceux qui produisent le plus de biomasse et apportent le plus au sol.

Nous comparons sur une même parcelle, et nous gardons les solutions les plus efficaces. Nous utilisons par exemple la méthode MERCI* pour évaluer les apports au sol.

Côté travail du sol, nous pratiquons un enherbement un rang sur deux, avec un désherbage mécanique sous le rang en été et un désherbage hivernal. L’objectif est de limiter les passages, même si cela dépend beaucoup de la météo.

 

Comment adaptez-vous vos pratiques au quotidien ?

La météo reste un facteur déterminant. Nous essayons de limiter les interventions, mais il faut aussi rester pragmatique. Par exemple, j’aimerais arrêter totalement le désherbage, mais si cela implique davantage de passages, ce n’est pas forcément cohérent.

Nous cherchons plutôt un équilibre. Sur la pulvérisation, les trois premiers traitements sont réalisés en confiné. Nous récupérons aussi l’eau de pluie pour les traitements, ce qui permet d’avoir une eau au pH plus neutre et d’améliorer l’efficacité, sans ajouter de produits.

 

Avez-vous mis en place des équipements spécifiques ?

Oui, nous avons une aire de lavage équipée d’un système type Héliosec, qui permet de traiter les effluents phytosanitaires. L’eau est évaporée et les résidus sont récupérés sous forme sèche. C’est à la fois plus pratique et plus économique.

Ces équipements étaient déjà en place en partie, mais ils s’intègrent pleinement dans notre manière de travailler aujourd’hui.

 

Vous êtes actuellement vice-présidente Viticulture des Jeunes Agriculteurs (JA) de Charente-Maritime, quel rôle jouent les échanges entre jeunes viticulteurs dans votre démarche ?

Ils sont essentiels. À travers les JA notamment, on partage beaucoup entre nous : techniques, retours d’expérience, solutions. Cela permet de prendre du recul et d’avancer plus vite. Le soutien entre nous est primordial tant au niveau exploitation (entraide) qu’humainement surtout en temps de crise.

De mon côté, j’essaie aussi de me former régulièrement, de participer à des réunions sur l’agro-écologie, la biodiversité ou encore les maladies du bois. L’idée est de comprendre ce que l’on fait, et pourquoi on le fait.

 

*La méthode MERCI (Méthode d’Estimation et Restitution par les Cultures Intermédiaires) a été développée par la Chambre Régionale d’Agriculture de Poitou-Charentes, elle a pour objectif d’évaluer la biomasse produite par les cultures intermédiaires, la quantité d’azote piégé pendant la croissance du couvert et la restitution potentielle d’azote à la culture en place et ainsi gérer au mieux la fertilisation.