Parole d’engagé : Christophe Fillioux, viticulteur à Juillac-le-Coq
Viticulteur à Juillac-le-Coq, Christophe Fillioux représente la 5ᵉ génération d’une exploitation familiale depuis 1894. Certifié HVE depuis un an, il développe une approche centrée sur le fonctionnement des sols, la maîtrise des coûts et l’équilibre global de son environnement.
Comment décririez-vous votre approche du métier aujourd’hui ?
Je cherche avant tout à intervenir le moins possible et à faire uniquement ce qui est nécessaire. L’objectif n’est pas de produire le plus possible, mais de produire de manière cohérente et maîtrisée.
Celui qui s’en sort le mieux aujourd’hui, ce n’est pas forcément celui qui fait le plus de volume, mais celui qui maîtrise ses coûts. On peut produire moins et rester rentable, voire plus.
Quelles pratiques avez-vous mises en place sur votre exploitation ?
Depuis trois ans, nous sommes passés à 100 % d’engrais organiques. L’idée est de travailler avec des sols vivants, plus autonomes, et de limiter les intrants extérieurs.
On a réduit les apports tout en améliorant le fonctionnement des sols : ils sont plus souples, absorbent mieux l’eau et résistent mieux aux périodes de sécheresse.
Nous sommes également en enherbement sur les inter-rangs, avec un travail mécanique sous le rang. Sur les jeunes vignes, nous implantons des engrais verts pour accompagner leur développement.
Quelle place occupe la biodiversité dans votre système ?
Elle est centrale, notamment grâce à un parc arboré de plus de 100 ans qui est au cœur du domaine et crée des conditions favorables à de nombreuses espèces.
Depuis l’arrêt des insecticides, on observe un vrai retour de la faune. En 2025, cela faisait plus de dix ans que nous n’avions pas vu autant d’hirondelles en couple nicheur. On a aussi beaucoup de chauves-souris, notamment des pipistrelles, ainsi que plusieurs espèces de chouettes.
On entretient ces équilibres : zones non fauchées, bois morts conservés, haies, plantations d’arbres… On a aussi créé des points d’eau et des aménagements simples comme un bac à boue pour les hirondelles.
On dispose d’environ 2 hectares de zones non fauchées autour du domaine, riches en insectes et en fleurs sauvages. C’est tout un écosystème qui se met en place.
Le plaisir, c’est quand on voit que cela fonctionne. Quand on fait des choses et qu’on voit l’impact, c’est là le plaisir.
Quel rôle joue l’eau dans votre organisation ?
L’eau est un élément clé. Nous récupérons l’eau de pluie dans plusieurs cuves, y compris d’anciennes cuves vinaires. Aujourd’hui, cela couvre l’ensemble de nos besoins, soit environ 1 500 hectolitres par an.
Elle est utilisée pour les traitements, pour alimenter les mares, et pour arroser les plantations, notamment la première année. Cela nous permet aussi de réaménager certains espaces du domaine, comme les talus ou les zones non mécanisables.
Vous avez également engagé une démarche collective autour de la flavescence dorée et de la confusion sexuelle. Comment cela s’est-il mis en place ?
Je suis référent communal pour la flavescence dorée. La commune a été placée en zone d’aménagement, ce qui a permis de faire évoluer progressivement les stratégies de traitement.
Cela a facilité l’adhésion collective à la confusion sexuelle. Aujourd’hui, environ 250 hectares sont engagés en confusion sexuelle sur Juillac-le-Coq, on était quasiment à la moitié de la commune avant la crise actuelle.
La pose des diffuseurs se fait en collectif entre voisins, chaque année. C’est bien organisé et efficace. On utilise des diffuseurs de type Rak, changés chaque année. On a ajusté notre organisation : on les ramasse avant la taille, ce qui permet aussi de repérer les pieds d’Esca. On a testé d’autres solutions comme les puffers, mais les Rak restent plus fiables, notamment en zones venteuses.
Quels résultats observez-vous avec la confusion sexuelle ?
Cela fait maintenant trois ans que je n’utilise plus d’insecticides. Les résultats sont très bons : des vendanges propres, sans trous, sans pourriture.
Cela permet aussi d’éviter certains traitements supplémentaires. On gagne en qualité et en régularité.
