Parole de certifiée : Laurie Arrivé, Domaine Elisabeth à Saint-Georges-Antignac
Lauréate des Trophées Cognac Vignoble Engagé dans la catégorie Préservation de l’Environnement, Élisabeth Arrivé incarne une viticulture indépendante, engagée et cohérente, du greffage à la bouteille. Sur son domaine familial, elle défend une approche globale et exigeante de l’environnement, portée par une conviction transmise de génération en génération.
Votre domaine est engagé dans l’agriculture biologique depuis 1997. D’où vient cette conviction ?
Depuis des générations, notre famille travaille la vigne. Mon père s’est reconverti dans les années 90. En nous voyant, enfants, manger les raisins et jouer dans les vignes, il s’est interrogé sur les produits utilisés. Il a voulu créer son propre cahier des charges, réduire les intrants, puis il s’est tourné vers la certification biologique. À ses yeux, Ecocert était le plus strict et donc le plus impactant. Il a fait le choix d’une conversion progressive, qui a abouti à la certification en 1997.
Et aujourd’hui, quelle est votre approche de la production ?
Chez nous, l’éthique guide chaque geste. On maîtrise toutes les étapes de la production, en transparence. Mon frère gère la pépinière viticole, moi la partie commerciale. On travaille localement : tous nos fournisseurs sont à proximité. On vend tout en circuit court, ce qui nous permet de récupérer les emballages qu’on réutilise. On aimerait aller plus loin sur le lavage des bouteilles en interne, mais la consommation massive d’eau et d’énergie pour le lavage d’une unité reste un frein pour l’instant.
Votre démarche environnementale est aussi très présente dans le vignoble ?
Oui. Tout est enherbé, on sème des couverts végétaux, on paille les rangs avec du fumier. Le sol est vivant. On est attentifs à la santé de nos vignes, on travaille beaucoup à la main, on isole les maladies plutôt que de tout traiter. Notre force, c’est notre vigilance sur le cycle végétatif de la vigne à partir de la pépinière : on sélectionne des plants plus résistants au changement climatique. On travaille en collaboration avec l’INRAE et Sébastien Julliard au Conservatoire du Vignoble Charentais. On souhaite aller encore plus loin sur leur résistance par rapport au changement climatique et ainsi anticiper les cépages de demain, peut-être moins alcooleux, qui sait !
On s’adapte aussi chaque jour à la météo, ce qui demande une certaine flexibilité. C’est beaucoup de temps et de travail. Il faut être tolérant et patient avec mère nature. C’est un gage de qualité auprès des consommateurs et de nous-mêmes.
En quoi consiste votre économie circulaire ?
Tout ce qui peut être réutilisé l’est. Grâce à nos Caves Arrivé en vente direct du producteur & récoltant sur la côte Atlantique de Charente-Maritime et Vendée, nous récupérons les emballages, bouchons et autre que nous réutilisons ou que nous donnons à des associations. On cherche toujours à réduire notre impact. Moins on pollue, mieux on se porte.
Également, on ajuste notre production chaque année selon les rendements : Pineau des Charentes, Cognac, vins IGP, jus de raisin… Cette autonomie nous rend plus résilients.
Vous avez été récompensée aux Trophées Cognac Vignoble Engagé. Qu’est-ce que cela représente ?
C’est une reconnaissance, mais surtout une preuve supplémentaire de la qualité de notre travail auprès des consommateurs. On réfléchit selon ce principe simple : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Dans notre entreprise familiale, on connaît précisément la manière dont chaque élément est produit et on en mesure les impacts sur la santé et sur l’environnement.
Bien sûr, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Mais si, au travers de ce petit plaisir exceptionnel, les gens peuvent consommer un produit local, éthique, traçable, et fabriqué avec le souci permanent de limiter notre empreinte sur l’environnement, alors c’est une façon de contribuer à un avenir plus serein.
Travailler avec sens et passion, en soignant chaque détail, en se remettant en question chaque jour malgré les imprévus : c’est ça qui fait la différence. Et les consommateurs le perçoivent très vite. Ce Trophée met en valeur notre cohérence, notre transparence, notre engagement du sol à la bouteille mais aussi l’ambition de notre filière.
La CEC, vous y pensez ?
Oui, nous avons cette équivalence CEC. A savoir que le cahier des charges d’un domaine viticole certifié BIO par ECOCERT comme notre Domaine Elisabeth, rejoint complétement celui de la CEC.
Quel message aimeriez-vous transmettre ?
Qu’il faut être patient avec la nature. Être viticulteur aujourd’hui, c’est accepter de travailler différemment, de ralentir, de s’adapter. Il faut que les consommateurs comprennent ce qu’il y a derrière une bouteille. C’est pour cela qu’on les invite à venir nous voir, à se promener dans nos vignes. La sensibilisation passe aussi par l’échange direct.
