Parole de certifiée : Emma Marquizeau, viticultrice à Givrezac
Installée en 2020 sur l’exploitation familiale de Givrezac après une reconversion professionnelle, Emma Marquizeau cultive aujourd’hui 20 hectares de vignes et 50 hectares de céréales. Certifiée Certification Environnementale Cognac (CEC) depuis 2022 et renouvelée en 2025, elle poursuit une démarche engagée en matière de biodiversité, de pratiques alternatives et de lien avec le territoire.
Qu’est-ce qui vous a amenée à reprendre l’exploitation familiale ?
Je travaillais dans la fonction publique, dans la recherche médicale, quand mon contrat s’est terminé. À ce moment-là, mon père a commencé à évoquer sa retraite, et je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ? J’ai repris mes études à l’Institut Richemont, et dix ans après avoir quitté la région, je suis revenue m’installer. Je n’étais pas du tout du métier, donc j’ai abordé les choses avec un regard neuf. Mon frère m’a ensuite rejointe pour que notre père puisse partir à la retraite.
Comment avez-vous construit votre démarche environnementale ?
La conscience environnementale faisait déjà partie de notre histoire. Mon grand-père avait fabriqué le local phyto dans les années 1970, avec une vraie volonté de faire attention. En arrivant, je n’ai pas tout changé, j’ai simplement poursuivi ce qui était en place. Avec mon parcours dans le médical, il me semblait évident de faire attention à nos pratiques.
Vous testez aussi des alternatives aux traitements conventionnels ?
Oui, depuis deux ans, on teste un programme alternatif sur 2 hectares avec une maison partenaire. On a supprimé les CMR et les avons remplacés par des biostimulants et des oligo-éléments. Cela demande parfois des passages supplémentaires, mais les résultats sont encourageants : pas plus de maladies et pas de perte de rendement.
Vous avez aussi une parcelle de référence avec la Chambre d’Agriculture ?
Exactement. On a une parcelle avec 4 rangs non traités, suivis chaque semaine avec un conseiller. Cela nous permet de voir comment évoluent les maladies et d’ajuster nos décisions. C’est très formateur, et cela nous aide à ne pas traiter inutilement.
Quels outils avez-vous mis en place pour limiter les herbicides ?
Grâce à la CEC, nous avons investi dans des rotofils. C’est un outil mécanique qui nous permet d’entretenir sous le cavaillon sans déstructurer le sol. Il le laisse « plat », ce qui facilite beaucoup le travail à pied.
Et côté biodiversité ?
Cette année, nous avons semé des couverts végétaux sur tout le vignoble, avant les vendanges. On les a détruits en mars. Les féveroles montaient jusqu’à 1,50 m , et on a eu beaucoup de retours d’animaux. On voit que la biodiversité est là. On a aussi des nichoirs à chauves-souris. On aimerait aller plus loin, avec des ruches ou des hôtels à insectes, mais nous ne sommes que deux sur l’exploitation, donc on avance petit à petit.
Vous collaborez aussi avec les chasseurs du secteur. En quoi cela consiste ?
Nous avons été confrontés à des dégâts de gibier, notamment les chevreuils. En partenariat avec les chasseurs, on a semé des jachères en bordure de parcelle, avec des plantes attractives pour le gibier. Cela les détourne des vignes. On a fait la même chose autour de certaines zones de maïs pour limiter les dégâts de sangliers. C’est une solution simple, que l’on espère profitable à tout le monde.
Quels sont vos prochains objectifs ?
On aimerait aller plus loin dans la réduction des passages pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Pour l’instant, on manque de temps, mais c’est une piste. On est aussi très sensibles à la biodiversité, mais les investissements restent difficiles dans le contexte actuel. On avance petit à petit.
