Parole de certifiée : Émilie Descubes, viticultrice et bouilleuse de profession à Archiac
Cinquième génération sur l’exploitation familiale, Émilie Descubes perpétue la tradition viticole et distille avec la même exigence que ses prédécesseurs. Engagée dans une démarche environnementale depuis plusieurs années, elle a obtenu la Certification Environnementale Cognac (CEC) en 2025.
Pourquoi avoir choisi de passer de la HVE à la Certification Environnementale Cognac ?
Nous étions certifiés HVE depuis 2020, mais la CEC nous semblait plus cohérente avec notre activité. Elle correspond mieux à la réalité du Cognac et à nos pratiques.
En 2020, nous avions déjà beaucoup investi : des pulvérisateurs confinés, une plateforme de lavage, des pratiques de biocontrôle… Nous sommes aujourd’hui exclusivement CEC. Cela n’a pas demandé de grands changements, mais la certification nous a permis d’aller plus loin et de structurer nos démarches.
Quels ajustements avez-vous réalisés pour la CEC ?
Nous avons revu notre local destiné aux traitements, qui était devenu trop petit et peu pratique. Nous utilisons également plusieurs produits de biocontrôle, au moins trois par campagne.
Mais globalement, nous étions déjà sur la bonne voie. La HVE avait représenté un grand pas à l’époque, surtout sur la partie administrative. Mon père avait beaucoup anticipé ces sujets : il a toujours voulu améliorer les conditions de travail des salariés, rendre leur quotidien plus confortable et plus sûr.
Justement, vos salariés semblent très impliqués dans cette démarche environnementale ?
Oui, et c’est une vraie force. Ils sont très investis et sensibles à ces questions. Par exemple, ce sont eux qui nous ont poussés à planter davantage de haies.
Nous en avions déjà suffisamment pour la certification, mais nous participons à un programme lancé par notre maison partenaire pour en développer davantage. C’est une conviction partagée dans l’équipe, pas une obligation.
Vous parlez de transmission. C’est un moteur pour vous ?
Tout à fait. J’aimerais laisser aux générations futures un sol sain et vivant. Ce que nous faisons aujourd’hui doit profiter à d’autres, pas seulement à nous.
Je travaille avec cette idée en tête : préserver ce qu’on m’a transmis et laisser quelque chose de durable. Ce n’est pas toujours dans les priorités du quotidien, mais c’est fondamental.
Vous expérimentez aussi sur les sols. Quelles pistes explorez-vous ?
J’ai testé les engrais verts, mais je n’ai pas encore trouvé le bon équilibre. Je veux approfondir.
La compaction des sols est aussi un vrai sujet. Nous avons beaucoup de passages de tracteurs ; on essaie de limiter avec un attelage avant-arrière pour optimiser les déplacements, mais ça alourdit le tracteur. C’est un jeu d’équilibre permanent : on teste, on observe, on ajuste.
Vous êtes également bouilleuse de profession. Quelles évolutions avez-vous engagées à la distillerie ?
Nous avons remplacé nos brûleurs par des modèles à air pulsé. Résultat : une vraie baisse de la consommation de gaz et un circuit plus sécurisé. Nous suivons nos consommations énergétiques depuis longtemps, et la différence est nette.
Nous réfléchissons aussi à la valorisation des vinasses. Par exemple, récupérer l’eau issue de la distillation, la retraiter et la réutiliser sur l’exploitation, notamment pour les engrais. C’est un vrai enjeu environnemental et logistique : moins de camions, donc moins de CO₂. Mais c’est aussi un investissement important, qu’on ne peut pas toujours se permettre dans le contexte actuel.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette transition ?
Je suis heureuse d’avoir engagé cette démarche au bon moment. Le contexte économique est compliqué, mais c’est une évolution nécessaire.
Ces choix techniques et environnementaux, ce sont aussi des choix de sens. Et je crois qu’ils préparent mieux l’avenir, pour nous comme pour les générations qui suivront.


