Parole de certifié : Hugues Chapon, viticulteur à Ozillac

Rencontre avec Hugues Chapon, viticulteur à Ozillac sur une exploitation familiale de 30 hectares, aujourd’hui certifiée en Agriculture Biologique. Porté par la curiosité technique et la volonté d’agir pour l’environnement, il a repensé en profondeur ses pratiques.

 

Pourquoi avoir décidé de faire évoluer vos pratiques vers l’Agriculture Biologique ?

En 2020, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions sur mes itinéraires techniques, notamment sur le désherbage. J’ai eu envie d’aller plus loin et de me challenger davantage. Je me suis donc fixé un objectif clair : arrêter complètement les désherbants chimiques en cinq ans. En réalité, ça a été plus rapide : j’ai investi dans du matériel pour travailler sous le rang, et depuis 2022, je ne fais plus de désherbage chimique sur mes 30 hectares.

 

Vous étiez déjà engagé dans une démarche environnementale avant cela…

Oui, j’étais certifié HVE avant de passer en bio. Au départ, j’étais un peu réticent vis-à-vis du côté administratif et des audits, mais j’ai fait la HVE en collectif, et ça a tout changé. Travailler à plusieurs a dédramatisé la partie réglementaire et m’a permis de mieux regarder mes pratiques. C’est une démarche vertueuse qui m’a servi de tremplin pour aller plus loin. La CEC a suivi naturellement, puis la conversion bio.

 

Comment s’est passée cette transition vers le bio ?

C’est une étape exigeante, mais passionnante. Le plus difficile, c’est le désherbage : on pense avoir trouvé les bons réglages, le bon matériel… puis la météo change tout. D’une année pluvieuse à une année sèche, il faut sans cesse s’adapter. Côté traitements, j’ai dû passer de 8 à 12 applications certaines années, notamment en 2022 et 2023, mais sans chimie. J’ai rejoint un groupe technique Vitibio pour échanger et progresser ensemble, c’est indispensable.

J’utilise désormais des amendements organiques, et même si c’est plus dur pour les vignes au début, on voit le changement. Les sols évoluent, et cette année j’ai retrouvé des rendements proches de ceux d’avant la conversion.

 

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans cette démarche ?

J’aime le défi technique. Cette conversion m’a donné un second souffle : ça m’oblige à réfléchir autrement, à observer davantage.

Je n’ai jamais cherché à tirer la production au maximum, demander des rendements très élevés à la vigne n’a jamais été ma vision du métier.

Le contexte économique n’est pas simple, c’est vrai, mais je pense avoir fait cette transition au bon moment. Ce serait plus difficile d’investir aujourd’hui.

Je crois que c’est une évolution nécessaire, à la fois pour l’environnement et pour la pérennité de nos exploitations.

 

Comment cette transition est-elle perçue autour de vous ?

Très bien. J’avais une appréhension vis-à-vis de mon père, qui a 75 ans. Finalement, il l’a très bien accueillie. Il a connu toutes les évolutions : le décavaillonnage manuel, l’arrivée des traitements chimiques, et aujourd’hui le retour à des interceps modernes. Peu de métiers vivent un tel virage à 180°.

Même les salariés ont bien réagi : le travail est différent, plus long, mais plus confortable. Et ils sont fiers de ce qu’on fait.

 

Et vos clients, comment accueillent-ils cette évolution ?

La vente directe m’a beaucoup conforté dans mon choix même si c’est une raison secondaire.

Les clients posent de plus en plus de questions sur l’environnement, et la conversion bio est très bien perçue. Certains cavistes ou restaurateurs ne travaillaient qu’avec du bio, je n’avais même pas accès à eux avant.

Aujourd’hui, c’est presque une évidence pour les jeunes consommateurs.

Il y a vingt ans, le bio, c’était vu comme une idéologie. Aujourd’hui, c’est juste normal.

 

En quelques mots, que retenez-vous de cette aventure ?

C’est une expérience exigeante, mais gratifiante.

Les changements se voient, les sols répondent, et je suis heureux d’avoir franchi le pas.