Parole de certifié : Bertrand De Witasse, viticulteur à Angeac-Champagne

Certification HVE depuis 2017, pionnier de la « voix A », Bertrand De Witasse s’est engagé très tôt dans une réflexion profonde sur la vigne, les sols et l’avenir du vignoble. Rencontre avec un viticulteur qui place le vivant au cœur de son travail.

 

Pourquoi avoir choisi la certification HVE ?

En 2017, ma maison partenaire m’a parlé de la certification HVE. Je me suis dit « pourquoi pas ? » et j’ai passé l’audit sans rien préparer. Finalement, ça s’est révélé un déclencheur : HVE m’a permis de me remettre en question et de regarder dans la bonne direction. Aujourd’hui, c’est un label qui parle à nos clients directs et qui valorise notre engagement.

 

Qu’est-ce que cette certification a changé dans votre manière de travailler ?

Le principal déclic a été de redonner toute son importance au sol. On avait oublié son rôle. J’ai choisi de revenir à des pratiques plus naturelles pour les sols : la vigne est désormais simplement « grattée » sous le rang et reste enherbée dans l’allée : je veux que les racines plongent, qu’elles aillent chercher l’eau en profondeur, pour que la plante devienne plus autonome.

Depuis, je constate des effets très concrets : plus de liserons après 4 ou 5 ans sans intervention de désherbage, davantage de flore spontanée utile, une vie du sol retrouvée. Tout part de là.

J’utilise aussi le Siliboost, un activateur de sol qui favorise l’oxygénation et stimule la prolifération des micro-organismes. Simple mais très efficace, il contribue à renforcer l’équilibre du sol — je le recommande à tout le monde.

Et puis il n’y a pas que la vigne : j’ai aussi planté des haies, un noisetier, un amandier, je réfléchis sur des plantations d’arbres en bout de vigne. On pense aussi à mettre des abris (tas de bois…) dans les parcelles pour créer des abris pour la faune. On recrée ainsi tout un écosystème vivant autour des parcelles.

 

Vous avez aussi choisi d’expérimenter les biocontrôles. Pourquoi ?

Au départ, c’était une contrainte : une de mes parcelles est située en face de l’école d’Angeac-Champagne. J’ai donc décidé de passer cette partie du vignoble en biocontrôle. Et petit à petit, j’ai étendu la démarche.
Aujourd’hui, je cultive 6 hectares en biocontrôle total, et le reste avec des produits issus de l’AB, complétés d’un anti-oidium ou systémique mildiou si c’est vraiment nécessaire. C’est 1,5 fois plus cher, mais ça marche et ça donne de la robustesse.

 

Est-ce économiquement viable ?

Oui. Je reste au-dessus de mon seuil de rentabilité, même si les rendements sont parfois moindres. Les sols équilibrés compensent beaucoup. On gagne en autonomie, en résilience.
Bien sûr, ça demande du temps et de la patience. On n’a pas les résultats immédiatement : il faut 4 à 5 ans pour que les sols se régénèrent. Mais une fois en place, on ne revient pas en arrière.

 

Vous accueillez du public. Comment intégrez-vous vos pratiques dans la visite ?

Le tourisme est une part importante de notre métier. Sabine, ma femme, commence toujours les visites par la vigne. Les visiteurs sont très sensibles à nos choix : nous leur expliquons simplement comment on travaillait avant, comment on travaille maintenant, ce que ça coûte et pourquoi c’est nécessaire.
Des vignes cultivées dans le respect du vivant : quand on partage ce chemin avec les visiteurs, ils comprennent et soutiennent.

 

Et pour la suite ?

Je vais augmenter la surface en biocontrôle, planter davantage de haies, expérimenter encore sur les sols. Il y aura aussi l’impact carbone. On est au bout d’un système basé sur la performance. L’avenir, c’est la robustesse et la résilience. La vigne n’est pas un outil de production : c’est un organisme vivant qui rend ce qu’on lui donne.

Je ne vais pas sauver la planète, mais à ma petite échelle, je peux montrer que c’est possible. La société attend de nous d’être exemplaires, et on n’a pas le choix : il faut améliorer nos pratiques et donner du sens à notre travail. L’environnement n’a pas besoin de gens parfaits qui font tout comme il faut. Seulement de gens imparfaits qui essayent de faire du mieux qu’ils peuvent.