L’herbe davantage présente dans le vignoble de Cognac

Les viticulteurs privilégient aujourd’hui le maintien de l’herbe entre les rangs de vigne. Pour le cavaillon, sous le rang, le désherbage mécanique se développe. Par ailleurs des mesures agro-environnementales visant à réduire l’utilisation d’herbicides, et donc à développer cette pratique, ont été intégrées dans le cahier des charges Cognac en 2018.  

Pendant de nombreuses années, les viticulteurs pratiquaient le désherbage “en plein”, c’est-à-dire intégral, à la fois entre et sous les rangs. La croissance de l’herbe, surtout à proximité des ceps, entre en effet en concurrence avec celle de la vigne. Elle prive cette dernière d’une partie des ressources disponibles en azote et en eau. Mais le recours aux herbicides chimiques engendrait une pollution de l’eau. Aujourd’hui de nouvelles pratiques se développent sous l’impulsion de la démarche « viticulture durable » promue par le BNIC depuis 2016 intégrant l’objectif de limiter, voire de supprimer, le désherbage chimique. L’interdiction du désherbage chimique des tournières, l’interdiction du désherbage chimique total des parcelles de vignes, et l’obligation, sur tous les inter-rangs, d’une maîtrise de la végétation, semée ou spontanée, assurée par des moyens mécaniques ou physiques, ont ainsi été inscrits au cahier des charges de l’AOC Cognac en 2018.  

Désormais, deux pratiques se développent pour agir à la fois sur la préservation du paysage viticole et sur la réduction de l’usage des herbicides chimiques.  

La plus répandue concerne l’inter-rang, c’est-à-dire l’espace entre les rangs de vigne. Ces zones sont soit laissées à l’état naturel, soit enherbées avec des variétés qui minimisent la concurrence avec la vigne. La partie délicate concerne les abords immédiats du rang de vigne et la bande de terre située entre et sous les ceps, appelée le cavaillon. Là, un nombre croissant de viticulteurs Cognac adoptent le traitement mécanique sous le rang. Pour ce faire, les viticulteurs équipent leurs tracteurs « d’interceps ». Constitués de lames de forme et de taille différentes, dotés ou pas d’ailettes dites de fragmentation, les interceps permettent de réaliser un labour plus ou moins profond de cette bande de terre, arrachant les herbes pouvant concurrencer la vigne lorsqu’elle se développe avec les beaux jours. Une grande variété d’outils dédiés à cette opération sont désormais disponibles sur le marché et permettent aux viticulteurs de faire le choix le plus approprié à chacune de leur parcelle en fonction du type de sol à travailler (caillouteux, sableux, argileux…), de l’âge des vignes, de la largeur à travailler. Ce désherbage mécanique impose cependant du matériel spécialisé et des durées de travail plus importantes. 

Une deuxième solution réside dans la plantation, sous le rang, d’espèces végétales qui couvrent bien le sol pour éviter la pousse d’autres herbes tout en épargnant le plus possible la croissance de la vigne. Un équilibre délicat qui reste à perfectionner grâce aux travaux des agronomes.  

Encouragées par l’inscription au cahier des charges de l’appellation Cognac de mesures visant l’interdiction du désherbage chimique ces pratiques laissent entrevoir des vignobles entièrement verts, symbole de l’évolution prônée par la Certification Environnementale Cognac & HVE.  

REPENSER LES PRATIQUES CULTURALES ET ABANDONNER LES HERBICIDES CHIMIQUES  

« En 2019, nous avons pris la décision d’arrêter l’utilisation des herbicides chimiques dont le glyphosate sur nos vignobles. C’est une décision importante qui a demandé de repenser une partie de nos pratiques » explique Bernard Pineau, responsable de la viticulture durable pour Martell Mumm Perrier-Jouët, dont les 450 hectares des vignobles Martell en Charente font partie. « Nous avons mis en place différents itinéraires techniques rendus possibles grâce à quelques investissements, la mise en place d’une nouvelle organisation et le développement de nouvelles compétences. Cela a été pour nous un véritable challenge et un apprentissage que nous partageons aujourd’hui avec l’ensemble de nos partenaires ».  

IMPACT TRÈS MODÉRÉ SUR LE RENDEMENT  

Chez Hine, le désherbage chimique a disparu en 2017 pour les nouvelles vignes. Il est remplacé par un entretien mécanique grâce à un investissement de 40 000 euros en matériel. Pour Pierre Boyer, maître de chai et responsable d’exploitation au sein de la maison Hine, l’impact de ce changement se révèle « très modéré sur le rendement des nouvelles vignes ». En revanche, le recours à l’herbe sous le rang lui paraît délicat en raison des difficultés d’installation des couverts, « même si le trèfle rampant fonctionne très bien ».  

CINQ À SIX DÉSHERBAGES MÉCANIQUES PAR AN  

Anthony Favreau, viticulteur sur 49 hectares recherche un équilibre entre différentes techniques. « Nous ne pratiquons plus qu’un seul passage d’herbicide sous le rang par an, en sortie d’hiver au mois de mars. Ensuite, de mars à septembre, nous n’utilisons que le désherbage mécanique à l’intercep avec cinq à six passages », explique-t-il. Lui aussi teste le trèfle comme solution pour couvrir le sol sous le rang. Mais les résultats ne sont pas encore concluants. « Je cherche une plante qui ne grimpe pas trop haut et qui fasse un tapis pour éviter la pousse des mauvaises herbes ».