Parole de certifiée : Karine Rouger Cacquevel, viticultrice à Lorignac (Charente-Maritime)
Rencontre avec Karine Rouger Cacquevel, viticultrice à Lorignac. Installée avec son mari après une reconversion professionnelle, son exploitation familiale a renouvelé sa Certification Environnementale Cognac (CEC) en 2025, après l’avoir obtenue une première fois en 2022.
Votre installation s’est faite dans un contexte particulier. Comment cela a-t-il influencé votre démarche ?
Je vivais en Bretagne et j’étais fonctionnaire lorsque mon père est décédé de façon inattendue. J’étais déjà administrativement impliquée dans la société, mais l’idée était plutôt d’en assurer la gestion à distance. Les choses se sont accélérées. Je suis revenue m’installer en Charente-Maritime, et mon mari m’a rejointe après 18 mois.
Mon père était déjà en réflexion sur les mises aux normes, notamment sur la gestion des vinasses et des effluents. À notre arrivée, nous avons participé à de nombreuses réunions d’information. Nous avons commencé par la plateforme de lavage, les bassins, le plan d’épandage… C’était une priorité.
Le désherbage mécanique a été une étape importante dans votre évolution. Comment cela s’est-il mis en place ?
Nous avons, sur notre terroir, une vraie problématique d’herbes. Les herbicides, même aux doses réglementées, n’étaient plus suffisants. Intégrer un groupe de réflexion chez une maison partenaire a été le déclic. Seuls, nous ne savions pas par où commencer : quel matériel, quels risques, quelle organisation ?
Nous avons démarré sur de jeunes plantations. Certaines vignes n’ont jamais connu de désherbage chimique. Les premières années ont été compliquées. Les cavaillons n’étaient pas “propres” comme chez certains voisins, puis nous avons appris à l’accepter. Le désherbage mécanique demande plus de temps, plus de réactivité, il faut intervenir au bon moment.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas en 100 % mécanique, mais notre IFT en désherbage est très faible, avec la moitié du vignoble en zéro herbicide. Face au ray-grass notamment, le mécanique reste la solution la plus efficace.
Comment cette logique de réduction d’intrants se traduit-elle dans vos autres pratiques ?
Nous travaillons aussi sur les couverts végétaux pour limiter les apports azotés. Globalement, nous cherchons à réduire les intrants, même si la réalité sanitaire de la vigne impose parfois des compromis. Nous sommes équipés de panneaux récupérateurs pour limiter la dérive. On essaie d’être le moins impactant possible, tout en restant lucides : toute intervention humaine a un impact.
En distillerie, notre installation est récente, avec des brûleurs performants. Durant les vendanges, nous faisons attention aux températures, aux horaires, à l’utilisation raisonnée du froid et du chaud. Nous utilisons des échangeurs tubulaires entre le chai et la distillerie, et fonctionnons en circuit fermé avec l’eau du bassin incendie pour la thermorégulation.
Nous disposons de deux bassins à vinasses et d’un plan d’épandage. Ces derniers étés, les eaux de pluie accumulées dans les bassins à vinasses ont aussi servi à arroser de jeunes plants pour redonner de l’humidité aux sols.
Quels sont vos axes de travail pour les années à venir ?
Notre objectif aujourd’hui est de maintenir le cap. Nous avons pris des habitudes de travail, il faut les consolider. Nous prévoyons de planter des haies sur deux zones, tout en préservant celles existantes.
Nous réfléchissons aussi à la réduction des amendements chimiques, notamment azotés, et à mieux valoriser notre propre biomasse. Avec les quotas actuels, nous pouvons nous permettre de tester davantage.
Nous cherchons surtout à comprendre en profondeur les mécanismes agronomiques. Nous participons aux réunions d’information et travaillons avec un conseil phyto indépendant, mais nous aimerions aller plus loin sur l’aspect agronomique, pour comprendre comment fonctionne le sol et la vigne, plutôt que simplement appliquer des solutions toutes faites.
Comment définiriez-vous votre philosophie aujourd’hui ?
Nous essayons de trouver un équilibre entre ce que nous pouvons faire techniquement, économiquement, et ce qui est bon pour la vigne et l’environnement.
Ce n’est pas une démarche spectaculaire, mais un travail de fond et progressif. Nous avançons étape par étape, avec pragmatisme, en restant ouverts aux évolutions qui s’imposent déjà à nous.
