L’agroforesterie gagne du terrain

Dans une perspective d’agroforesterie, les viticulteurs et maisons de Cognac expérimentent la reconstitution de haies autour des vignobles. Ils projettent également de planter des arbres sur certaines parcelles, d’en conserver d’autres en jachères et même d’étudier des cultures secondaires. La culture de variétés de plantes utiles entre les rangs de vigne, peut également être considérée comme un type d’agroforesterie élémentaire qui tend à se généraliser. 

L’agroforesterie consiste à associer l’agriculture et la plantation d’arbres, de cultures et (ou) d’animaux sur la même parcelle. L’INRAE (l’Institut National de Recherche en Agriculture, alimentation et Environnement) a démontré qu’une parcelle agroforestière de 100 hectares pouvait produire autant de biomasse (bois et produits agricoles) qu’une parcelle de 136 hectares où arbres et cultures auraient été séparés, soit un gain de 36 %. Dans le Cognac, les producteurs sont sensibles à cette approche qui permet d’entretenir les sols tout en améliorant la biodiversité et la qualité des paysages et certains y ont déjà recours.  

Même si on ne peut la qualifier d’agroforesterie au sens strict, du fait de l’absence de plantation d’arbres, une première piste d’action concerne le couvert végétal entre les rangs de vignes. Les viticulteurs du Cognac utilisent progressivement cette seconde culture associée à celle de la vigne. L’herbe est semée, tondue et utilisée comme engrais vert tandis que les graines récoltées servent de semence pour l’année suivante. Plusieurs mélanges de plantes ont été élaborés par des semenciers pour enrichir la terre et contribuer ainsi à renforcer la vigne : un premier comprenant radis fourrager, avoine rude, vesce de Narbonne, vesce velue, assure une protection hivernale du sol efficace grâce à sa forte biomasse , un second composé de radis fourrager, avoine rude, seigle forestier, vesce velue, permet de réduire la pression de court-noué. Mais les viticulteurs de Cognac testent et développent aussi leurs propres mélanges variétaux à base d’avoine, de féveroles, de trèfle… pour protéger les sols contre l’érosion et le lessivage, aider à la maîtrise des adventices, contribuer à la « décompaction » du sol et la stimulation de son activité biologique. 

Deuxième voie : replanter des haies. L’arrachage pratiqué dans le passé pour faciliter le travail dans les vignes, est aujourd’hui stoppé dans le Cognac. Et certains exploitants replantent des centaines de mètres de haies avec plusieurs objectifs : isoler les parcelles pour éviter la dérive aérienne lors des pulvérisations et reconstituer la biodiversité en attirant les oiseaux et autres animaux. 

Troisième piste, le maintien en jachère des parcelles après l’arrachage des vignes, qui est une obligation réglementaire mais, avec des couverts fleuris par exemple. 

Il favorise l’installation de ruches à proximité de la vigne. Ces zones se prêtent également à l’implantation d’arbres pouvant fournir une seconde culture, comme les chênes truffiers. Les plantations d’arbres servent aussi à créer des puits de carbone pour piéger le CO2. 

Ces évolutions sont parfois encore au stade des expérimentations dans le Cognac mais les viticulteurs expriment leur volonté de développer l’agroforesterie. Leur travail sur les haies en est une belle illustration.

UN MODÈLE HOLISTIQUE 

Chez Martell, Bernard Pineau, responsable de la viticulture durable pour Martell Mumm Perrier-Jouëtmène une réflexion sur l’agroécologie, parmi lesquelles l’agroforesterie. « Ce sont des sujets que nous regardons de près. Depuis 2012, nous travaillons à la restauration et la favorisation de la biodiversité ainsi qu’à la protection des sols. Cela passe par la plantation de haies, la reconstitution de trames verte des expérimentations autour des engrais verts et la vie des sols », souligne-t-il. « Mais il ne faut pas confondre plantation d’arbres ou de haies et agroforesterie. L’agroforesterie est une approche holistique et complète de l’agriculture. Aujourd’hui, à nous de voir en mettant en place des parcelles expérimentales si cela est possible à l’échelle de notre appellation.» 

HAIES POUR LA BIODIVERSITE 

« Nous avons planté 770 mètres de haies autour de parcelles proches de voisins », indique Elodie Miremont, directrice des Domaines Viticoles de Camus. « Nous travaillons avec l’association Prom’Haies qui nous conseille sur le choix des variétés et nous bénéficions d’une aide de la région Nouvelle-Aquitaine ». Pour elle, malgré le travail supplémentaire de taille des haies, cet embryon  d’agroforesterie se justifie par la volonté de protéger la biodiversité. Elodie Miremont ajoute que cinq ruches ont été installées dans une parcelle proche des vignes. 

CHÊNES TRUFFIERS 

De son côté, Stéphane Leclerc, responsable technique des Vignobles Thomas, mentionne « le projet de planter des chênes truffiers pour diversifier la production et enrichir le paysage ». Ces arbres pourraient être situés sur des parcelles proches de celles des vignes. « Nous envisageons environ 1,4 hectare de chênes truffiers », précise-t-il. Autre solution pour améliorer la biodiversité, le maintien en jachère de parcelles proches de riverains. 

GÉNÉRER DE L’ENGRAIS VERT 

« Nous gérons la rotation interculture après l’arrachage de vignes. Nous réalisons des cultures de céréales pour assainir les sols », explique Pierre Boyer maître de chai et responsable d’exploitation de la maison Hine« Nous maintenons aussi toutes les haies existantes ainsi que les arbres alors que, il y a peu, la tendance était à l’arrachage pour faciliter les interventions sur les vignes ». Pour Pierre Boyer, l’essentiel de l’agroforesterie qui fait sens en viticulture est « l’implantation de couverts dans le centre des rangs qui génère de l’engrais vert mais qui permet également de récupérer de la semence pour renouveler les couverts d’une année sur l’autre. On couple ainsi deux cultures ».