Innover pour progresser : les cépages résistants

Le passage à une viticulture durable implique la diffusion de nouvelles pratiques accompagnées par des innovations techniques et scientifiques. La Station Viticole du BNIC et des services de R&D de certaines maisons jouent un rôle clé en la matière pour la filière Cognac. Avec leur concours, des plants de vigne et des outils d’un nouveau type font leur apparition dans le vignoble de Cognac. Précisions sur un chantier d’avenir en cours : les cépages résistants.

UN GRAND PROJET DE FILIERE

L’utilisation de pulvérisateurs confinés limite la quantité de produits phytosanitaires employés pour protéger les vignes de nombreux ravageurs et parasites, parmi lesquels, le mildiou et l’oïdium, deux variétés de champignons auxquels les cépages actuellement cultivés sont particulièrement sensibles. 

Pour aller plus loin, la filière Cognac, à travers un partenariat entre la Station Viticole du BNIC, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et l’Institut Français du Vin (IFV) s’est engagée depuis le début des années 2000 dans un programme visant à créer un « Ugni blanc résistant » permettant à terme de réduire de plus de 90 % l’utilisation de ces fongicides. Le travail consiste à croiser, selon une méthode 100 % naturelle puis sélectionner les plants qui répondent le plus à cet « idéotype ». 

Pour cela, un cahier des charges décrivant les paramètres de sélection retenus prioritairement pour choisir les « géniteurs » (cépages parents du croisement) puis sélectionner les « descendants » intéressants. Parmi ces critères, on retrouve la résistance au mildiou et l’oïdium mais aussi, une maturation tardive (pour anticiper le changement climatique), une production au moins aussi élevée que l’Ugni blanc ou encore des critères organoleptiques similaires à celui-ci, pour préserver la typicité des produits 

Au fil des années, les choix se sont affinés et quelques variétés ont été choisies pour un suivi plus poussé puis implantées en 2015 sur des parcelles à échelle de 100 ceps par variété. Elles font l’objet d’observations depuis 2017 en vue d’une potentielle inscription au catalogue des variétés, programmée pour 2021, puis au cahier des charges de l’appellation. 

Les premières conclusions après ces trois premières années de suivi sont encourageantes pour la suite du processus d’inscription. 

Les variétés résistantes possèdent un bon équilibre organoleptique qui correspond bien au profil recherché pour des vins de distillation et l’efficacité des sources de résistance aux maladies (mildiou et oïdium) s’annonce concluante. Un des sites n’a par exemple pas été traité avec des fongicides depuis 2017 et n’affiche que peu de dégâts avec une résistance totale à l’oïdium et partielle au mildiou. 

Des expérimentations sur la stratégie phytosanitaire adaptée à ces nouvelles variétés, sont actuellement en cours en lien avec l’INRAE et les partenaires du réseau OsCaR. L’objectif recherché étant de limiter au maximum l’utilisation des produits, tout en assurant une protection. 

Depuis une vingtaine d’années, toutes ces recherches, expérimentations à différentes échelles et procédures administratives représentent un investissement important pour la filière. Elles apportent au producteur et au consommateur les garanties indispensables concernant le matériel végétal, et la constance de la qualité du produit obtenu. 

Comment crée-t-on de nouvelles variétés de vignes ? 

Les fleurs de vigne qui apparaissent au mois d’avril sont hermaphrodites. Elles possèdent à la fois les organes femelles, les pistils, et mâles, les étamines. Pour réaliser un croisement entre deux variétés de vignes, il faut commencer par castrer la plante en retirant des étamines tout en conservant les pistils afin d’éviter que la fleur ne s’autoféconde. L’opération, qui prend environ une heure, réalisée à la main avec une pince à épiler est particulièrement délicate sur des fleurs de petite taille (3 à 4 mm). Lorsqu’il ne reste que les pistils, les futures grappes sont enfermées dans des sacs pour éviter une fécondation par le pollen présent dans l’air. Elles sont ensuite fécondées de manière naturelle par le pollen provenant de l’autre parent choisi possédant un ou plusieurs gènes de résistance au mildiou et à l’oïdium.  

Une fois les baies à maturité, il faut en récupérer les pépins. Chaque pépin sera ensuite mis en terre pour obtenir  une plante dont le génome possédera les gènes de résistance aux champignons. Plusieurs années seront alors nécessaires pour pouvoir juger de la qualité oenologique du raisin produit par la nouvelle variété résistante.